Le Couvent côté jardin : façade blanche, volets vert d'eau, terrasse et hortensias

Notre histoire

L'Histoire du Sermon aux Oiseaux

Une maison, plusieurs vies

Couvent érigé au XVIIe siècle, puis école de jeunes filles, maison réquisitionnée pendant la guerre et enfin maison de famille.

La façade du Couvent sur la rue, volets verts et mur d'enceinte, à Villiers-Saint-Benoît
Le Couvent, côté rue.
L'église Saint-Benoît et son clocher sous la neige, vue depuis le Couvent
L'église Saint-Benoît, face au Couvent.

Vers 1650–1700

Une maison face à l'église depuis plus de trois siècles

Au cœur de la Puisaye, à Villiers-Saint-Benoît, le Couvent du Sermon aux Oiseaux se dresse face à l'église du village. De presque toutes ses fenêtres, le regard rencontre le clocher remarquable, illuminé à la tombée du jour.

Carte ancienne « Les limites populaires de la Puisaye » : Saint-Fargeau, Bléneau, Toucy, Saint-Amand, entre la forêt d'Orléans et le val de Loire
« Les limites populaires de la Puisaye », carte ancienne montrant les contours historiques de ce territoire, entre l'Yonne, le Loiret et la Nièvre.

Plusieurs éléments de son architecture (la corniche de terre cuite moulurée, la charpente ancienne et les proportions de la façade) situent vraisemblablement la construction de la maison entre 1650 et 1700.

À l'extérieur, une corniche de terre cuite moulurée, au profil en doucine, rapproche le couvent d'autres constructions de la région : la maison Le Baillif à Villiers-Saint-Benoît, des maisons de Mézilles et le château de La Bussière, près de Treigny. Ces parentés de matériaux, de volumes et de savoir-faire confortent une origine située dans la seconde moitié du XVIIe siècle, autour de 1650–1700.

Architecture

Une architecture qui raconte le XVIIᵉ siècle

C'est d'abord la sobriété de l'escalier qui frappe : un escalier de bois massif, à quart tournant, aux lignes dépouillées et à la rampe sans ornement superflu. Cet esprit presque monastique rappelle celui de plusieurs édifices anciens de Puisaye, notamment le couvent de Treigny et le presbytère de Saint-Amand-en-Puisaye.

L'escalier de bois massif à quart tournant du Couvent
L'escalier de bois à quart tournant.
Le grenier du Couvent et sa charpente de chêne, traversée par un conduit de cheminée
Le grenier et sa « forêt de poutres ».

Plus haut, le grenier dévoile une véritable forêt de poutres. La charpente de chêne équarri à la main, assemblée à tenons, mortaises et chevilles, déploie deux rangées de fermes jumelées autour d'un vaste volume central. Un conduit de cheminée maçonné la traverse, tandis qu'un plancher de tomettes repose sur de puissantes poutres maîtresses. Préservé dans son caractère ancien, cet ensemble révèle l'habileté des charpentiers d'autrefois.

Extrait de l'Annuaire historique du département de l'Yonne de 1857 sur l'histoire de Villiers-Saint-Benoît
Annuaire historique du département de l'Yonne, 1857 : histoire ancienne de Villiers-Saint-Benoît.

975

Un village plus ancien encore

L'histoire du village remonte bien plus loin : un récit conservé dans l'Annuaire historique de l'Yonne rapporte qu'en 975, le chevalier Adelme donna Villiers à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. Le village en a conservé le nom.

Affiche « Vente de biens nationaux, adjudication définitive » du district de Joigny, samedi 28 mai 1791
Affiche de vente de biens nationaux, district de Joigny, 28 mai 1791.

Révolution

Biens nationaux et nouveaux propriétaires

La Révolution bouleverse les propriétés religieuses. Des archives de ventes de biens nationaux et des actes de mutation éclairent le contexte local.

Le cadastre napoléonien constitue un jalon matériel précieux : il permet de retrouver l'emprise bâtie et ses rapports avec les parcelles voisines.

Au XIXe siècle, le domaine passe dans l'histoire de la famille Panon-Desbrosses. Selon les éléments familiaux réunis, une donation aux religieuses est consentie sous condition d'y assurer l'éducation des jeunes filles. La teneur exacte de cette clause et la chaîne des titres restent à vérifier dans l'acte original.

Extrait du cadastre napoléonien de Villiers-Saint-Benoît : le bâti du Couvent, l'église et le presbytère
Cadastre napoléonien : implantation ancienne du bâti et voisinage immédiat de l'église et du presbytère.
Photographie ancienne des religieuses entourées de leurs élèves à Villiers-Saint-Benoît
Religieuses et élèves à Villiers-Saint-Benoît, à la charnière des XIXe et XXe siècles.

XIXᵉ siècle

Le temps des religieuses et de l'école Saint-Joseph

Installée grâce au don de la famille Panet-Desbrosses, la communauté religieuse fait du couvent un lieu d'enseignement, de prière et de vie collective.

Trois lettres écrites en 1892, 1894 et 1895 par Sœur Marie du Saint-Sacrement à son ancienne élève Caroline, surnommée « Liline », font revivre les relations chaleureuses entre les religieuses, leurs élèves et les familles du village. Elles évoquent les offices, les nouvelles de la paroisse et les événements de la vie quotidienne.

20 août 1899

La distribution des prix

Le 20 août 1899, le couvent, désormais renommé l'École Saint-Joseph, organise sa distribution des prix. Le programme imprimé de cette journée nous est parvenu : chants, pièces de théâtre et récompenses y composent le tableau vivant d'une école de village.

Programme encadré de la distribution des prix de l'École Saint-Joseph de Villiers-Saint-Benoît, 1899
Programme original de la distribution des prix de l'École Saint-Joseph, 20 août 1899.
Gravure d'époque : des religieuses expulsées par les gendarmes au début du XXᵉ siècle
L'expulsion des religieuses, gravure d'époque.

1904

La fin de l'école

La loi du 7 juillet 1904 interdit l'enseignement aux congrégations religieuses. Cette rupture met fin à la vocation scolaire de la maison. La donation ayant été consentie pour l'éducation des jeunes filles, la propriété revient à la famille donatrice et se trouve, au fil des successions, partagée entre de nombreux héritiers.

Les religieuses quittent les lieux. Privé de son activité et de ses habitantes, le couvent traverse alors plusieurs années de silence et d'abandon.

Photographie d'époque : officiers allemands devant un groupe de prisonniers, Seconde Guerre mondiale
Photographie d'époque, Seconde Guerre mondiale.

1939–1945

La Seconde Guerre mondiale

Pendant l'Occupation, les troupes allemandes réquisitionnent le couvent. Le château de Villiers-Saint-Benoît est également réquisitionné et abrite la Kommandantur, siège du commandement militaire allemand local.

Après la Libération, des prisonniers de guerre allemands séjournent au couvent et travaillent dans les fermes environnantes. L'ancienne école devient ainsi, pour un temps, un lieu directement lié aux bouleversements de la guerre et de l'après-guerre.

1952–1953

Une nouvelle étape

Héritiers, dommages de guerre et mutation

Les pièces de l'après-guerre désignent explicitement la propriété comme une « maison dite Le Couvent », avec cour, dépendances et jardin séparé par la route. Les vendeurs sont issus d'une vaste indivision familiale, notamment autour des familles de Saint-Didier et de Villèle.

Un document de mutation mentionne Marcelle Alice Jorandon comme nouvelle propriétaire ; la vente est passée en février 1953 devant un notaire de Toucy. Les dossiers font également état de droits à indemnisation pour dommages de guerre.

Page dactylographiée de l'acte de 1953 : désignation d'une maison dite « Le Couvent » à Villiers-Saint-Benoît et origine de propriété
Acte de 1953 : désignation de la « maison dite Le Couvent » et origine de propriété.
Le Couvent aujourd'hui, côté jardin

Aujourd'hui

Le Sermon aux Oiseaux

Après plusieurs vies et bien des transformations, le couvent retrouve progressivement son caractère. Sa restauration privilégie les matériaux anciens, les volumes généreux, les objets patinés par le temps et cette présence singulière de l'église, visible depuis presque toutes les pièces.

Son nom actuel, Le Couvent du Sermon aux Oiseaux, évoque saint François d'Assise et l'épisode immortalisé par Giotto. Il fait également écho aux oiseaux des jardins et au dialogue silencieux entre la maison et l'église.

Aujourd'hui, le couvent ouvre ses portes de manière confidentielle à quelques hôtes, invités à goûter le calme de la Puisaye et le plaisir rare d'habiter, pour quelques nuits, une maison chargée d'histoire.

Repères

Dates importantes

  1. 975

    Le chevalier Adelme donne Villiers à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire.

  2. vers 1650–1700

    Construction probable de la maison, d'après sa charpente, sa corniche et ses proportions.

  3. XIXᵉ siècle

    La famille Panet-Desbrosses donne la propriété à une communauté religieuse pour l'éducation des jeunes filles.

  4. 1892–1895

    Lettres de Sœur Marie du Saint-Sacrement à son ancienne élève Caroline, dite « Liline ».

  5. 20 août 1899

    Distribution des prix de l'École Saint-Joseph.

  6. 7 juillet 1904

    La loi interdit l'enseignement aux congrégations : fin de l'école.

  7. 1939–1945

    Réquisition par les troupes allemandes, puis accueil de prisonniers de guerre après la Libération.

  8. 6 février 1953

    Un acte notarié marque une nouvelle étape dans la transmission de la propriété.

  9. Aujourd'hui

    Restauré, le Couvent accueille quelques hôtes sous le nom du Sermon aux Oiseaux.

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